13 avril - 16 juin 2006

ALAIN DECLERCQ Embedded versus Wildcat

 

 

 

  L’intervention qu’Alain Declercq propose au Dojo est un séjour parmi les oppositions flagrantes et sous-entendues, clairement représentées dans l’idée et la plastique de son wall drawing Embedded vs. Wildcat : le noir et le blanc, une violence sourde et contenue mais très frontale, des soldats livrés à la guerre et des reporters qui s’y engouffrent de leur plein gré. La signature d’Alain Declercq se lit dans la clarté percutante de ses œuvres, mais aussi dans leur inhérente complexité. L’immédiateté de ses pièces cache souvent des machinations surprenantes. Tout est simulation. Car quand la réalité perd son bon sens, Alain Declercq la rend sans attendre à la fiction.
Les Embedded, ce sont les journalistes envoyés à la guerre, projetés sur la scène de la violence la plus extrême. Il est bien question de scène ici, du grand théâtre du monde, avec ses rôles soigneusement distribués. Toujours en mêlant ce qui est feint, factice et ce qui est réel ou officiel, Alain Declercq orchestre le lever du rideau, avec beaucoup de dextérité. Il émet ses hypothèses avec une voix off détachée et sereine, autant qu’avec une caméra paniquée. Il dévoile donc des embedded stories, terme littéraire qui signifie " mise en abyme ", histoire dans l’histoire : un agent secret en plein 11 septembre, l’autorité mise en scène, la version médiatique d’un fait tragique, la version politique du même fait…Alain Declercq ne démontre pas, n’essaie pas de nous apprendre, mais de nous désapprendre, avec humour et discrétion. Il opère en douceur, s’infiltre. Il nous offre des témoignages qui conditionnent notre vision des faits ; des voix, des identités confuses qui donnent chacune leur version. Le doute s’installe. Peu d’images sont cadrées, il brouille les pistes et rend même l’absurde plausible. Alain Declercq joue et surtout déjoue les méandres de la version officielle. Il fabrique ses duplicata de la réalité et on y croit.

Florise Pagès
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