DU 27 NOVEMBRE AU 23 FEVRIER 2007

Délicieux Cadavre Exquis ou l’histoire d’une ‘Sainte’ famille recomposée

Une exposition/invitation de Sandra D. Lecoq
Sandra D. Lecoq et Olivier Bartoletti, Noël Dolla, Jacob El Hanani, Craig Fisher, Dominique Figarella,
Roland Flexner, Karim Ghelloussi, Philippe Mayaux, Pascal Pinaud, Philippe Ramette
 
 
 

Délicieux cadavre exquis ou l’histoire d’une "sainte" famille recomposée

Il m’arrive plus souvent de lire mon horoscope que Machiavel.
Les stratégies d’expositions sont diverses, la mienne est spontanée, portée par un désir sincère. J’ai rêvé ce projet en pensant qu’il était aussi fou que potache, expérimental et compliqué.
Les réponses positives et unanimes des artistes invités ont définitivement fini de me rassurer. Olivier Bartoletti, Noël Dolla, Jacob EL Hanani, Craig Fisher, Dominique Figarella, Roland Flexner, Karim Ghelloussi, Philippe Mayaux, Pascal Pinaud, Philippe Ramette. Dix hommes, dix artistes, amis fidèles, frères de pensées, amants, maris, pères spirituels…
Presque 200 jours maintenant pour questionner ma relation à la peinture et jouer de la pluralité des supports et des pensées.

Il y a 2 projets auxquels je tiens particulièrement et qui impliquent l’intervention de l’ensemble des artistes invités:
Un très grand dessin dans l’esprit de l’Œil Cacodylate de Picabia sous forme d’un rouleau de papier d’un mètre cinquante sur dix mètres qui voyagera (Nice, Paris, Montpellier, Boisseron, New York, Nice…) et sur lequel tour à tour chacun de nous interviendra. Ambitieux cadavre exquis, dessin marabout, bout de ficelle.
Enfin, un film vidéo, correspondance filmée sous forme de cadavre exquis là aussi, pas de protocole rigide mais juste une succession de séquences en jouant le jeu de ne regarder que les dernières secondes de la séquence précédente.

C’est en 1998 qu’avec Olivier Bartoletti nous avons inauguré cette correspondance filmée. Il s’agissait alors de tenter poursuivre une précieuse complicité acquise au long des 5 années passées ensemble à la villa Arson et qui se voyait mise à mal par une séparation obligée. Olivier repartait au pays.
On avait souvent parlé de l’éventualité d’ouvrir le projet à d’autres artistes, c’est possible aujourd’hui.
Cette fois, on s’est donné rendez-vous pour vivre le temps d’une pratique d’atelier. Il vient bientôt tout est déjà prêt et l’on s’amuse déjà de l’excitation que ça provoque. Les formats sont grands, les peintures seront belles, Female Wild Soul / Female White Spirit.
Peintures à 4 mains et une couleur, le blanc.

Karim Ghelloussi
C’est avec bonheur que j’ai déjà collaboré avec lui. L’arme honnie des accords est une sculpture improbable entre l’objet sublime et le bois de poubelle. C’est en relisant le beau texte que Karim m’avait écrit pour le catalogue de la Villa Arson que l’idée est née.
"Raide et sans appel, fuyant droite, Sandra D.Lecoq couvre de ses tresses les plinthes d’intérieurs familiers. On songe alors à la pudibonderie victorienne qui couvrait de housses jusqu’aux jambes des pianos, mais ici l’habillage, rehaut coloré, révèle plus qu’il ne cache, les plaintes".
On allait inventer ensemble le plus étrange des pianos à queue. Caisse en bois de récup sur pieds massifs rose bonbon, couvercle fermé découpé dans la dernière de mes peintures sur bois. Mes fantasmes de sculpture sont encouragés et je sens déjà l’envie de recommencer. En Attendant, nous avons collaboré dernièrement sur une exposition de photos à Mougins : Le stigmati del quotidiano.
Karim est sensible au projet, je sais qu’avec lui aussi l’expérience renouvelée d’un travail commun sera riche.
On a prévu de s’occuper ensemble "d’en haut". La verrière du Dojo est magnifique et si l’habitude veut que les sculptures s’érigent vers le haut, celle-là aura la prétention de nous faire lever la tête.
Nous travaillerons aussi sur le projet de la vitrine.
Un texte poétique dont les lettres dessineront une trame régulière. La lettre devient dessin le texte peinture. Probablement que là aussi d’autres seront invités à participer.

Pascal Pinaud, Peintre
Travailler avec lui comme avec les autres c’est s’offrir un tour de Rolls Royce quand on aime les voitures.
Si certains comme Olivier et Karim sont invités à travailler dans mon atelier, en ce qui concerne Pascal, je m’invite chez lui. Son territoire m’intrigue et j’ai bien envie qu’on "objective" la peinture ensemble. Conjuguer des gestes, croiser des formes et inventer, là encore. Sexes et Black Penja. Grands formats. Peintures à mains croisées, tissus brodés, cousus, laines tricotées et une couleur, le noir.
Ramette et moi sommes le parrain et la marraine de sa fille Clara. C’était le premier de la bande à être père. Nous, nous étions fiers de se promener avec elle dans le Vieux Nice en faisant croire que c’était la nôtre.

Philippe Mayaux
Mon ami, celui qui m’a fait rêver la figuration dans ce qu’elle peut avoir de plus poétique et de plus puissant. J’ai rêvé être peintre en le voyant peindre. J’ai envié chacune de ses formes et de ses couleurs comme si elles devaient être miennes. Je me souviens de soirées magnifiques dans son atelier parisien près de chez Corréard qui se terminaient au petit matin, l’odeur de peinture, de Marie-Jeanne et le discours modeste philosophico science et vie…
J’ai acheté un lot de vieux papiers peints en pensant à lui, il y en a de magnifiques. Je vais en poster certains, il interviendra dessus comme il le souhaitera, motifs, dessins, texte, je me réserve le droit d’agencer le tout en un grand patchwork. Je dessinerai à mon tour sur certains papiers laissés vierges. Peinture d’intérieur mon cœur.

Philippe Ramette
J’ai adoré son plongeoir, il était accroché à la Villa Arson le soir de la projection de Conversation avec l’air. J’ai adoré le court-métrage puis j’ai adoré l’homme la nuit même et la nuit entière. J’aimerais montrer le Plongeoir au Dojo et j’aimerais y monter. Nous travaillerons sur une série de photos, Dandy et Pénélope, le poète et la salope.
C’est à Mayaux et Ramette que nous avons Noël et moi confié la réalisation du faire-part de notre mariage.

Noël Dolla
Nous avons vécu 8 ans ensemble. Loupio est né en 1999 et nous l’accompagnons dans sa vie avec bonheur et complicité.
C’est à cette collaboration que je tiens le plus parce que c’est à cet homme-là que je dois le plus.
Noël Dolla, peintre de l’abstraction humiliée, peintre historique, peintre magnifique. Si j’ai quitté l’homme, je suis restée fidèle à l’artiste. Je me souviens de notre voyage de noces en Sicile dans les îles éoliennes. Il voulait peindre avec la fumée des volcans et je l’ai suivi en portant matériel vidéo et peintures au sommet de Vulcano. C’était étrange fou et génial. Aujourd’hui malgré la distance, la pudeur, cette folle ambition de travailler encore avec lui me réjouit. Si l’on dit souvent que je réinterprète l’esprit salvateur de Support Surface, l’occasion m’est alors donnée en travaillant avec Noël de rencontrer l’histoire.
Il s’agira de peinture encore. J’irai chez lui, il viendra chez moi et si l’envie vient à Loupio de dessiner aussi il y aura 6 mains et des couleurs.

Dominique Figarella
Il a longtemps été là avec nous comme assistant de Noël et un peu son fils spirituel. J’ai toujours été impressionnée par son phallus théorique. Les discussions de fin de repas ou d’atelier entre Noël et lui étaient complexes et difficiles à suivre. J’avais 20 ans, je prenais ça pour du terrorisme intellectuel avec néanmoins la certitude de vivre des instants privilégiés.
J’ai adoré son travail de crayon sur bois, les 28 ans de pratique. Voilà encore une idée que j’aurais aimé avoir. Le format, la technique utilisée, le processus, le temps passé à la réalisation… Le processus de création permet de voir comment le tableau s’est construit. Ce temps éprouvé dans la pratique me rappelle le travail de tressage des "Pénis carpet".
Noël a acheté à Dominique un très beau tableau de cette série que j’aimerais exposer au Dojo. Je le ferai flirter avec la Fourreuse heureuse, ‘Pénis Carpet’ de 7m30 de long. J’ai déjà fait remonter la peinture sur le mur à l’occasion de l’exposition des Ponchettes.
Étrange diptyque, Phalus théorique - Pénis hystérique.

Roland Flexner
Le meilleur ami de Noël qui m’en avait parlé avec tant d’admiration et de respect que la peur m’avait prise de le rencontrer.
C’est un homme sublime. Lorsque Roland Flexner m’a montré quelques-uns de ses Pleurants dans son atelier de New York, j’ai compris à quel point, lorsqu’elle est juste, la peinture peut être puissante.
New York est loin, Roland Flexner très occupé, ce sera plus compliqué, mais il vient en juillet, on verra…

Craig Fisher et Jacob El Hanani
Les copains de l’autre continent, ceux qui sont du côté du miroir aux alouettes, les pieds et les ateliers dans la grande ville rêvée, NY.
"A New York, on a de petits sexes mais de grands lofts !"
J’ai un appartement de 4 pièces en location et ce qu’on appelle "le sexe faible" Heureuse en tous les cas d’inviter à l’aventure mes oncles d’Amérique.


Philippe Mayaux et Philippe Ramette ont collaboré à plusieurs reprises sous le titre générique "Espace d’amour”.
Dominique Figarella et Pascal Pinaud, peintres, ont réalisé une exposition commune en 1997 à Tarbes qu’ils ont intitulée "Amicalement vôtre".
Philippe Ramette a joué dans les vidéos de Noël, Philippe Mayaux a peint sur les tarlatanes de Noël
Les exemples sont nombreux et personne ici n’a à apprendre de quiconque l’esprit d’amitié. Tous ces artistes, pour beaucoup issus de la Villa Arson, ont vécu et ont travaillé à Nice. Certains d’entre eux sont partis, l’idée de les réunir tous à nouveau m’enchante.

Sandra D.Lecoq, Nice le 28 mars 2006

Photos de l'exposition